Le projet de Julia Vidit

Le ministère de la Culture a créé en 1972 le label Centre Dramatique National (CDN) avec des missions qui ont été précisées en 1995 et 2017. Ces missions confiées aux « Centres dramatiques nationaux » sont d’intérêt public. Ainsi, les Centres dramatiques nationaux (CDN), dirigés par un ou plusieurs artistes, sont des structures garantes de la création dramatique, dans le cadre d’une politique nationale de développement de l’art du théâtre. Ce sont des lieux de référence de la production théâtrale publique, où peuvent se rencontrer et s’articuler toutes les dimensions du théâtre : la recherche, l’écriture, la création, la diffusion, la formation.
Chaque direction est nommée par l’Etat-Ministère de la Culture, avec consultation des collectivités locales du territoire d’implantation, pour un mandat renouvelable 2 fois et une durée maximum de 10 ans.
Il y en a 38 CDN en France fédérés en réseau : l’ACDN (lien vers le site). 5 CDN sont implantés dans la Région Grand Est, à Thionville, Reims, Colmar, Strasbourg et Nancy.

A Nancy, le théâtre a été implanté sur le site de la Manufacture en mai 1986 par Henri Degoutin sous le nom de “Comédie de Lorraine”. C’est sous la direction d’Anne Delbée de 1987 à 1991, que le Théâtre de la Manufacture obtient le label CDN. Il sera dirigé ensuite par Charles Tordjman de 1992 à 2010 et Michel Didym de 2010 à 2020.
La metteuse en scène Julia Vidit est nommée à sa direction en janvier 2021 pour un premier mandat de 4 ans, elle est reconduite pour un deuxième mandat de 3 ans (2025-2027).

Le théâtre, en tant qu’art vivant et en tant que lieu, permet, ensemble, de faire monde, collectivement. L’art théâtral peuplé d’acteurs, d’auteurs et d’émotions, est au cœur de l’aventure que propose Julia Vidit, metteuse en scène et directrice du Théâtre de la Manufacture. « L’avenir du théâtre appartient à ceux qui n’y vont pas », cette phrase de Gabriel Garran la guide dans cette aventure. Afin que tous et toutes se sentent inviter à fréquenter le théâtre, elle propose une grande diversité de formes et de registres sur le plateau, souhaite faire avancer les représentations des minorités sur scène et aller à la rencontre des habitants avec des spectacles joués dans des lieux non-dédiés au spectacle vivant. Julia Vidit propose un théâtre résolument contemporain, qui met résolument en avant les femmes artistes. Un théâtre qui n’a pas peur du répertoire, du moment qu’il est en prise avec le monde d’aujourd’hui et qu’il est tourné vers les publics qui le reçoivent.

La permanence artistique est un des enjeux majeurs d’un Centre Dramatique National. Faire vivre cette maison passe par une présence forte et continue des artistes. Seule cette présence régulière peut tisser une histoire partagée avec les publics et rendre compte du partage de l’outil et des moyens.

Pendant son 1er mandat, Julia Vidit a associé au Théâtre de la Manufacture, les artistes Bérangère Vantusso, Elise Chatauret, Pauline Ringeade et Rébecca Chaillon, et les auteurs et autrices Guillaume Cayet, Céline Delbecq, Catherine Verlaguet et Marilyn Mattei. ….
Elle travaille en collaboration avec les interprètes de la région que ce soit dans les productions, les spectacles soutenus et la mise en place de projets en direction des publics.

Ces artistes sont actifs dans la vie du CDN et auprès des publics, selon une temporalité correspondant aux rythmes de création de chacun. Nous avons présenté plusieurs de leurs œuvres permettant d’offrir aux spectateurs un accès à leur répertoire et processus de création. Une familiarité heureuse s’est développée autour de ces artistes qui ont pris leurs quartiers sur le territoire.

Un des axes forts du projet de Julia Vidit est de sortir le théâtre de ses murs, d’aller à la rencontre des publics parfois éloignés des centres culturels, les habitants de zones péri-urbaines ou rurales, de créer sur les territoires.

Le Théâtre de la Manufacture produit et diffuse depuis 2021 plusieurs propositions artistiques en itinérance, pour offrir des espaces de rencontres et de croisement d’imaginaires sur le terrain, pour faire du théâtre dans des espaces à échelle humaine, en proximité avec le public et dans une dynamique de co-construction avec les partenaires.
Les centres sociaux, les écoles, les bibliothèques, les salles polyvalentes, les établissements scolaires, les foyers nous offrent une terre d’accueil joueuse.

Entre 2021 et 2024, le Théâtre de la Manufacture a produit 3 spectacles créés sur le territoire départemental et 3 spectacles créés en établissements scolaires, la plupart issus de commandes d’écriture. Une aventure au long cours a été développée à l’échelle de la Métropole : les Quartiers Libres, enquête théâtrale menée par l’auteur Guillaume Cayet sur le monde du travail et ses transformations. Ce sont 8 volets présentés en itinérance. En plus de ces créations, d’autres spectacles sont proposés chaque saison en itinérance. Au total plus de 370 représentations dont plus de 90 hors établissements scolaires.
Chaque saison, le festival Micropolis fait la part belle à ces formes conçues pour l’itinérance : une douzaine de spectacles, rencontres, ateliers à destination du public, des partenaires et des professionnels. La 4ème édition aura lieu du 20 au 23 mars 2025.

Le théâtre permet de se rassembler autour d’une œuvre sensible pour prendre le poult du monde. Il nous permet de nous regarder, en tant qu’être et en tant qu’humanité. Il offre des espaces de liberté, de rencontres, d’échanges, il ouvre les portes sur l’imaginaire, sur le rêve. Le théâtre est le lieu d’une expérience collective, expérience de la pensée et d’émotions à partager avec les plus jeunes. La pratique du théâtre permet d’expérimenter le vivant, de prendre la parole, d’agir. En cela, le théâtre est un art émancipateur indispensable.

Aujourd’hui, la conscience partagée du dérèglement climatique et de ses conséquences, les transformations comportementales induites par les nouveaux usages numériques, la marchandisation du vivant et du lien humain, l’ubérisation généralisée des travailleurs, engendrent une profonde mutation de la société et des rapports humains. Il est urgent de décrypter collectivement ces changements de paradigmes, et notamment avec les plus jeunes.

Pour toutes ces raisons, Julia Vidit a souhaité s’adresser à la jeunesse en proposant des spectacles pour les jeunes et leurs familles, des ateliers de découverte et de pratique, des accueils pensés spécifiquement, des formes créées pour les salles de classe (plus de 260 représentations en primaires, collèges et lycées sur 4 ans)…

Le Théâtre de la Manufacture souhaite être une entreprise solidaire et responsable. Il place cette responsabilité au coeur même de son projet, avec pour objectif d’adapter les activités du CDN aux évolutions sociales, économiques, environnementales et de garantir ainsi la pérennité et la force de ses missions de service public.

Parité et diversité
Signataire de la charte pour la parité des CDN en 2022, le Théâtre de la Manufacture s’inscrit depuis janvier 2021, dans une démarche volontariste pour une présence accrue des femmes artistes sur les plateaux de théâtre et donc une diversité des récits et des esthétiques : 58% de femmes programmées sur les 4 premières saisons. Ce déséquilibre en faveur des femmes est totalement assumé, considérant les nombreuses années où la part des femmes était minoritaire à ces différents postes et l’est encore dans le spectacle vivant.
Une attention particulière est donnée à la représentativité de la société dans son ensemble, que ce soit dans le choix des interprètes pour les productions du CDN ou encore dans les programmations. Nos salles seront d’autant plus fréquentées par un public diversifié que nos plateaux et ce qui s’y jouent seront le reflet de la diversité qui fait notre richesse et notre humanité.
Bien que le CDN ne soit pas responsable des choix de distribution des spectacles qu’il programme, nous veillons à ce que les artistes soutenus, accompagnés, programmés soient en phase avec cette démarche.

Transition environnementale
Le Théâtre de la Manufacture a lancé différentes démarches pour penser la transition environnementale sur un plan systémique et la rendre efficiente durablement que ce soit sur les bâtiments et les équipements afin de maitriser et limiter les consommations d’énergie (transition led en cours notamment) ; sur la production et diffusion de spectacles ainsi que sur les activités de programmation afin d’en diminuer l’empreinte carbone, en développant des temps de présence plus longs, les principes de mutualisation ; sur les usages afin d’avoir des pratiques collectives plus vertueuses et partagées avec les publics, les équipes artistiques, et les personnels (achats responsables, restauration avec produits locaux, tri …).

Comédienne, metteuse en scène et formatrice, Julia Vidit se forme à l’École-Théâtre du Passage, puis au Conservatoire National Supérieur d’Art Dramatique de 2000 à 2003.

Au théâtre, elle joue sous la direction de Ludovic Lagarde, Victor Gaultier-Martin, Jean- Baptiste Sastre, Edward Bond, Alain Ollivier et Jacques Vincey. Elle fait l’expérience de Shakespeare, Marivaux, Corneille mais aussi d’auteurs contemporains : Jean Genet, Yukio Mishima, Michel Vinaver ou Carole Fréchette. Au cinéma, après quelques courts-métrage d’étude, elle tourne avec Laurent Tuel et Thomas Vincent.

En 2006, elle créé la compagnie Java Vérité et met en scène Emmanuel Matte dans Mon cadavre sera piégé de Pierre Desproges. En 2009, elle créé Fantasio de Musset. En 2010, elle monte avec Emmanuel Bémer un spectacle musical Bon gré Mal gré. De 2011 à 2013, artiste associée trois ans à Scènes Vosges – Scène Conventionnée d’Epinal, elle développe deux projets avec la population : Bêtes et Méchants et Le Grand A. Le Faiseur de Théâtre de Thomas Bernhard, créé en 2014 au CDN de Thionville est repris en tournée notamment au Théâtre de l’Athénée.

De 2014 à 2017, en résidence à l’ACB-Scène Nationale de Bar-le-Duc, elle y créé Illusions d’Ivan Viripaev en mars 2015. Pour ce spectacle, elle s’associe avec l’auteur et dramaturge Guillaume Cayet. Ils imaginent ensemble une forme participative avec 60 amateurs, La Grande Illusion lors de la saison 2015/2016. Elle y prépare aussi la création Le Menteur de Pierre Corneille qui sera créé en octobre 2017 au CDN Nancy-Lorraine, où elle est artiste associée en 2017/2018. En 2019, elle est en résidence au Carreau-Scène Nationale de Forbach où elle a recréé La Grande Illusion de Guillaume Cayet avec 80 participants. En complicité avec un dessinateur-vidéaste, elle y prépare la production de La Bouche pleine de terre de Brãnimir Scepanovic qui sera créée au Studio-Théâtre de Vitry en janvier 2020 et diffusée notamment sur les temps forts numériques des CDN de Reims et Nancy. Une nouvelle création partagée voit le jour à La Scène Nationale 61 en 2019 : Le Menteur 2.0.

Régulièrement, Julia Vidit créé des formes décentralisées afin de s’adresser aux publics plus éloignés des structures culturelles. Elle a ainsi créé Rixe de Jean- Claude Grumberg en 2015 et Dernières pailles de Guillaume Cayet en 2017. Avec ce spectacle, elle met en place une itinérance artistique en Lorraine : L’Autour.

Pour rencontrer les publics scolaires, Julia Vidit et Guillaume Cayet conçoivent des formes en salle de classe, Nous serons à l’heure, Le Menteur 2.0 et Skolstrejk, qui résonnent avec les créations pour plateau.

Le 1er janvier 2021, elle prend la direction du Théâtre de la Manufacture, CDN Nancy Lorraine pour un premier mandat de 4 ans (2021-2024). En juillet 2021, elle crée à Pagny-sur-Moselle, Pour Quoi Faire ? de Marilyn Mattei, présenté dans un premier temps en itinérance puis repris pour les plateaux de théâtre. Dans le cadre d’Odyssées en Yvelines 2022, festival des créations théâtrales enfance et jeunesse conçu par le Théâtre de Sartrouville et des Yvelines–CDN, elle met en scène Dissolution de Catherine Verlaguet, sa première mise en scène pour le jeune public. En mars 2022, elle crée au CDN de Nancy, C’est comme ça (si vous voulez) d’après Luigi Pirandello. En mai 2023, Julia Vidit et Guillaume Cayet réitère l’aventure de la création partagée avec le spectacle Climato quoi ?, une épopée poétique et politique sur le climat. En février 2024, elle monte un texte inédit de Guillaume Cayet Quatrième A (lutte de classe) poursuivant son exploration de la jeunesse et de ses engagements, exploration initiée avec la forme tout-terrain Skolstrejk du même auteur, qui poursuit sa route avec plus de 170 représentations depuis 2021. Reconduite pour un deuxième mandat de 3 ans (2025-2027), elle décide de reprendre le spectacle Le Menteur de Corneille en février 2025.

Le théâtre